“So lebte er hin”. (1)

« So lebte er hin » : ce sont les derniers mots du Lenz de Büchner, pour ceux qui ne le savent pas, un des plus beaux livres que je connaisse. « Er » :  c’est Jakob Lenz, le dramaturge : «C’est ainsi qu’il vécut ». Pas tout à fait ça : « C’est ainsi qu’il continua à vivre.»

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De Georges Nivat : Dans la Revue d’études slaves  (1982) :

« Mais Blok est presque inconnu du public lettré français. Il manque en effet l’essentiel : de bonnes traductions poétiques. Il faut dire qu’aucun grand poète français actuel ne pratique plus le vers français régulier classique. Les réussites que nous avons relevées ici et là (André Piot, François Kerel, Gabriel Arout, Brice Parain) sont dues à deux poètes, un dramaturge, un romancier. Mais elles ne portent que sur deux ou trois textes et elles sont perdues dans des publications rares, épuisées. Aucune solution n’a été vraiment trouvée pour traduire le doľnik de Blok. Beaucoup trop de traductions sont dues à des émigrés russes qui ne sont pas poètes, moins encore poètes français. Enfin notons que le nombre des poésies traduites est très restreint. Les traducteurs se cantonnent à quelques pièces. Les Douze ont été traduits une dizaine de fois sans qu’aucune traduction ne se soit imposée.… Aussi est-on tenté de conclure cette étude sur Blok en France en rappelant ce que Blok lui-même a écrit de Heine en Russie : les conditions pour la traduction du poète ne sont pas favorables, mais le poète nous est plus proche que jamais. Blok, qui a incontestablement suscité de l’intérêt en France, pâlit, comme toute la poésie étrangère de la crise de la traduction poétique française. Mais ceci est une bien plus vaste histoire… »

La situation a-t-elle changé ?! Espérons-le !

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Ponce-Pilate a fait des émules ! Parmi les fonctionnaires de la RépubliqueNon  il n’y était pas !

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L’Institut de philosophie de Strasbourg avait sa petite maison d’édition : elle a tenu le coup deux ans ou trois ans. Pourquoi n’a-t-elle pas continué ? Peut-être est-ce parce qu’elle était strasbourgeoise : je veux dire que tous les auteurs étaient strasbourgeois. On me dit : « Regardez il y a de grandes maisons d’édition d’Université  : Yale ». J’ai regardé dans le catalogue de l’an passé de cette maison (à qui j’ai déjà acheté des titres : le titre de Judith Shklar : elle n’était pas de Yale…) – les biographies des auteurs :  deux auteurs seulement étaient issus de Yale. Je ne crois pas que le nombrilisme soit un bon critère de publication. Ni les copains-cochons. J’écris cela sans méchanceté. Le « localisme » culturel ? C’est l’idéologie de la Région du Grand Est ! Du moins d’une partie du Grand Est. Paradoxalement : celle qui a son nombril à Metz et à Nancy. Je connaissais assez bien Bernard Reumaux, directeur de la Nuée Bleue : quand les éditions de la Nuée Bleue ont racheté les éditions de l’Est — il se rendit compte que la Lorraine était bien plus régionaliste que l’Alsace.

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J’ai pensé à Günther Anders, ces jours-ci (à cause des tableaux du Tintoret, dont on fête ces jours-ci l’anniversaire, qui sont au Kunstmuseum de Vienne, à deux pas de chez lui, et dont il m’avait avoué qu’ils avaient été volés en Italie par les troupes napoléoniennes !), lui qui s’était traduit lui-même avec Lévinas: et très bien traduit. Combien il reconnaîtrait mal ses textes « traduits » aujourd’hui en français…

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Un des grands moments : Philippe Lacoue-Labarthe en train de traduire, d’essayer de traduire, devant les étudiants, les essais sur la langue de Walter Benjamin de l’allemand et également… de Maurice de Gandillac ! De Maurice de Gandillac à côté ou avec l’allemand de Benjamin. Car, il faut l’avouer la traduction Maurice de Gandillac était pour les textes que nous lisions, très fautive.

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Trois drapeaux au vent sur la place de Bourg-Bruche (67). Le plus haut : le drapeau alsacien, à droite et à gauche les drapeaux français et européens. Lamentable !

Nath (ma femme) : j’aurais mis le drapeau européen au milieu…

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Une anthologie de poésie sur Berlin. D’abord parce que les poéticiens allemands ont inventé la Großstadtlyrik. Peut-être est-ce la faute de Simmel et de son texte sur la Grande Ville ! C’est un texte qu’on a lu. Les poéticiens français ont inventé la poésie urbaine : Baudelaire, par exemple.  Mais d’où la grande ville est absente. Paris n’est pas un objet de poésie. Paris est un objet de peinture : Delaunay par exemple. Et parce que Berlin est une ville de poètes étrangers immigrés et que les universitaires commencent à  s’y intéresser (un livre est paru chez Wallstein) : des pans entiers de la ville sont mis à jour : Pasternak, Khodassevitch ont écrit des poèmes sur Berlin, les écrivains Juifs d’Europe centrale, Moishe Kulbak surtout. Et la Grande Ville  raconte plus que ne racontaient les poètes berlinois de souche.

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Écrit hier  à l’adjoint de la culture de Strasbourg (que je ne connais pas : il est LREM…) :

Cher Monsieur,

Pourrais-je vous faire une suggestion : Georg Simmel, l’un des plus grands sociologues et philosophes européens du XXe siècle a vécu à Strasbourg (au 17 ou 19?) rue de l’Observatoire (la maison est encore en place) et il est enterré au cimetière juif de Cronenbourg. Il a écrit à Strasbourg ses œuvres les plus considérables. Il a enseigné à l’Université.
A l’heure où l’on célèbre la Neustadt, la ville de Strasbourg s’honorerait à faire déposer une plaque rappelant ces faits rue de l’Observatoire. A Berlin, ces faits sont rappelés par une plaque sur la façade de son domicile de l’Akazienstraße  : où il a vécu une dizaine d’années, où il tenait son séminaire privé comme à Strasbourg. Un des laboratoires du CNRS à l’EHESS, porte son nom ainsi que la Grande Salle du Centre Marc Bloch à Berlin.
Vous devriez demander à des gens connaissant particulièrement bien l’œuvre de Simmel (Les Professeurs Watier, Jonas, il y aurait eu Julien Freund, mais qui est décédé…) de vous éclairer sur ce sujet.

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P.S. : un article dans la NZZ sur le centenaire de la mort de Simmel : « Am 26. September 1918 stirbt Georg Simmel an einem Leberkrebsleiden, im Bewusstsein, dass im Kaiserreich für ihn kein Platz war. » Où alors ? En France ?

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J’ai été beaucoup choqué  par le fait que rien, absolument rien, ne rappelât le décès de Stanley Cavell sur le site de l’Université de Strasbourg. Il était Doctor honoris causa de cette Université et ça méritait bien d’être rappelé.

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 Mail reçu aujourd’hui :

« Il y a plusieurs crises en question :
1) Crise de la lecture de la poésie en France.
2) Crise de la traduction de la poésie étrangère
3) Crise de la traduction de la poésie xxxx »

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Dans la Revue des deux mondes, qui sélectionne 40 livres à lire cet été :

« Le Livre des choses, Aleš Šteger, poèmes traduits du slovène par Mathias Rambaud et Guillaume Métayer, préface de Guillaume Métayer, éd. Circé.
Héritier de Pessoa et de Borges, cet élégant poète slovène, magnifiquement traduit, hisse les « choses de la vie » au rang de mythologies. Chaussures, parapluie, essuie-glace, aspirine, brouette, paillasson, etc. Avec par surcroît un poème sublime sur l’hippocampe »

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« Vielleicht ist Glaube überhaupt unvermeidbar. Wenn das so ist, möchte ich die Maxime riskieren : Soll schon Religion sein, so wähle diejenige, die am wenigsten verspricht »

Harald Hartung

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1 gosse sur 10 ne sait pas lire en entrant en 6e. Savez-vous qu’une des choses les plus difficiles à faire pour lui est de se servir du dictionnaire ? (pour des raisons qui tiennent  à d’ordre des lettres dans l’alphabet qu’ils ne connaissent pas). Et quand on a pas le droit de leur donner de devoir, on n’a pas le droit de leur demander d’utiliser un dictionnaire. C’est mon quart d’heure de lutte contre les populistes de tout poil.

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On vient de publier une nouvelle traduction  « des aphorismes de Walter Benjamin ». Ah ! des aphorismes !!!?

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Senones : pourquoi ne m’a-t-on pas proposer d’aller à Senones ? Parce que le Maire n’était pas franc-maçon ? C’est pourtant le seul qui m’ait aidé. C’est tout simple. Mais j’ose à peine y croire. On ne m’a même pas écouté dire ce que je pensais de Saint-Dié ?  Des problèmes que j’y ai eu… Il me proposait : Epinal, Remiremont et Saint-Dié sachant qu’apparemment j’irai à Saint-Dié.  Loupé !

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La presse ne fait rien pour la vente des livres de poésie: voyez les notules du Monde!  Vous étiez encore au bistrot quand G. M. est venu : j’ai fait un livre avec lui, de S.. On a eu beaucoup de presse (dont un papier remarquable): Ça ne se fait guère ressentir sur les ventes. Je voulais qu’il en fasse un second de cet auteur.

Dans mon blog je détaille les interventions. On peste contre les Allemands parce qu’ils n’ont pas de « véritables » ministres de la culture (du moins ça a changé, récemment) : toujours est-il qu’ils interviennent pour que la poésie se vende. Et que ça marche. Et les anglais ont la Poetry Book Society. Les Français se voilent la face  jusqu’à  ce qu’on s’aperçoit qu’ils ne lisent plus de poésie.

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Jean-Luc Mélenchon dans le Monde : « L’Allemagne vise-t-elle une hégémonie complète en Europe?». Que serait une hégémonie non-complète ?

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Badenweiler : voir la sépulture de Schickelé et la maison de Kolb. Tchekhov y est mort. On dit que la station héberge quelques intellectuels de la droite allemande (ils existent !) et des spécialistes du XVIIIe siècle. C’est à l’origine une station beaucoup plus huppée que Baden-Baden. Ou aussi huppée ! Aussi russophile que Baden-Baden.

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Au milieu du pont de Kehl (qui va de Strasbourg en Allemagne, par-dessus le Rhin) il y avait une plaque de cuivre avec un poème de Milosz dessus : cette plaque a été enlevée, déboulonnée, pendant les manifestations qui ont eu lieu lors d’un G7 : et on ne l’a pas remplacée. Personne n’y a pensé !

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L’Institut culturel roumain : « Le prix Fondane est accordé annuellement à un écrivain qui s’est illustré dans les domaines de la poésie, de la prose poétique et de l’essai, qui écrit en français mais n’a pas la nationalité française. Ce prix international de littérature a été créé en mémoire de Benjamin Fondane (1898-1944), écrivain juif d’origine roumaine. Grand poète, essayiste et philosophe, Fondane a écrit la grande partie de son oeuvre en français et a été le promoteur de la philosophie existentielle en France, dans les années 1930-1940. »

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Un colloque de philosophes à Strasbourg. Le soir venu on demande à Hans Georg Gadamer ce qu’il aimerait bien faire. Lui : Voir la tombe de Georg Simmel et m’y recueillir. Un philosophe strasbourgeois : Celui qui écrivait dans les magazines pour femmes… ?

 

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Hans Ulrich Gumbrecht (NZZ) :  «Adolf Hitler verehrte Filme wie “Schneewittchen” oder “Bambi” von Walt Disney. Wer den Grund dieser Faszination kennt, versteht mehr von unserer reaktionären Gegenwart. Der deutsche Massenmörder hegte eine Schwäche für kitschige amerikanische Filme. Was zunächst absurd klingt, hat durchaus seine Plausibilität. Ein Versuch über Ambivalenzen und Abgründe einer bizarren Sympathie.»

Hans Ulrich Umbrecht est un très grand comparatiste dans la lignée de Curtius…

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Paris a perdu 350 librairies depuis 2000 [chiffre officiel].

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Le 13 octobre  : manifestation à Berlin contre la haine et contre le racisme. 248 000 personnes. : Großdemonstration gegen Rechtsruck. La rue du 17 Juin était pleine de monde. J’y serai allé. Libé a titré : « quelques dizaines de milliers de manifestants ». Libé a des problèmes avec l’arithmétique.

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Une traductrice d’Outre-Rhin. Son atelier et ses cinq poules pondeuses à côté de l’atelier de traduction :

  

 

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Combien de philosophEs ? Combien ont signé cette tribune dans Libé : Jean-Luc Nancy a signé à Strasbourg , c’est tout. Non Fischbach a signé aussi.

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