« Karl Tubutsch » d’Albert Ehrenstein

 

Zur ausschließlichen Verwendung in der Online-Ausstellung "Künste im Exil" (www.kuenste-im-exil.de). Originaldateiname: VA_KIE_NLI_0002_Ehrenstein.jpg Eindeutiger Identifier: VA_KIE_NLI_0002_Ehrenstein.jpg

Karl Tubutsch flâne dans les rues de Vienne, en quête de points de repère au royaume de l’imaginaire pour une éventuelle existence. Il découvre un policier, qui dégage un parfum de rose, mais doit rapidement admettre qu’il ne sait pas pourquoi il en est ainsi. Tubutsch se donne déjà vaincu, avant de s’abandonner péniblement à l’aventure fantastique : « … Je ne comprends absolument pas comment j’ai pu plonger dans cet état. Autour de moi et en moi règnent le néant et l’abandon, je me sens évidé et je ne sais pas de quoi. » Tubutsch pense que sa timidité l’empêche de mettre le doigt sur l’origine de cette détresse. Mais la moindre circonstance est susceptible de le faire sombrer dans une mélancolie tenace. La mort de deux mouches dans l’encrier accroît la souffrance du malade. La mélancolie ne tarde pas à se transformer en insupportable fardeau, puisqu’il ne peut pas saisir ni comprendre les événements fantastiques. Mais c’est justement ce qui le pousse à reprendre le travail de Sisyphe : guetter les exotismes viennois. Encore et toujours, Tubutsch se démène pour vivre quelque chose, mais à chaque fois, il sombre dans une résignation passive. Il ne tarde pas à s’avérer que tous ces éléments hors du commun sont le produit inutile de sa nostalgie, de sa névrose obsessionnelle. Tout ça est un tour que lui joue son cerveau. Ces chimères, il est contraint de les faire naître, car il n’a aucune forme d’existence et n’est pas capable de vivre quoi que ce soit : « Si quelqu’un décédait dans mon entourage, et que j’aie motif à déplorer cette honnête personne, je pourrais au moins me payer un fiacre. Mais voilà : ceux qui n’aiment pas faire le deuil voient leurs proches mourir… et moi à l‘inverse … je suis condamné à ne rien éprouver. Je suis en quelque sorte un être humain qui erre dans l’atmosphère. » Dans ces circonstances, un lacet cassé est une chance inouïe, « car à ce moment-là, j’ai une certaine justification à entrer dans un magasin, demander de nouveaux lacets, répondre par « non » à la question de savoir s’il me faut autre chose, payer à la caisse et reprendre mon chemin. Voilà les temps forts de l’« existence ». Mais ils sont d’une extrême rareté, et non un remède contre des événements qui n’ont jamais lieu, qui ne sont de toute façon rien d’autre qu’un substitut imaginaire de ce qu’est la vraie vie. La conséquence est ainsi incidemment prononcée : « Je souhaite un assassin ! » Les errances exotiques ne peuvent jamais rien amener. Et le nom de Tubutsch n’est également qu’une exotique trouvaille inutile.

 

Comment en sommes nous venus à publier Tubutsch ? Je crois que c’est Jörg Drews (Il avait fait sa thèse sur Ehrenstein, et c’était un grand lecteur) qui en a  parlé à Claude Riehl et Claude Riehl qui m’a filé le livre allemand. Et moi, le livre lu, qui lui ait dit qu’il fallait absolument le faire. Il a été publié en format broché, assorti des dessins de Kokoschka qui accompagnaient le texte lors de sa première publication en allemand.

Et j’ai ressorti Tubutsch  en poche accompagné des nouvelles qui composaient un deuxième volume : Le suicide d’un matou. Ces nouvelles sont traduites par Sybille Muller. Il y eut pour une fois un bon papier dans le Matricule des Anges. Mais c’est tout !

J’ai trouvé  dans la littérature secondaire un article sur le livre: « Tubutsch ». Pré-existentialiste sans existence.

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