Marronniers V

Des nouvelles du lockdown de Marie Drea.
D’un journal sans mot. L’éditeur est 
Nimbus !  Il est suisse.

 

 

« D’où vient le mot quarantaine? Jusqu’à il y a six mois, très peu de gens le savaient – et encore moins connaissaient l’expérience associée. Cela a soudainement changé. Auparavant, on supposait que les navires pouvaient avoir la peste à bord s’ils venaient de loin. Et donc – comme à Venise, par exemple – ils ont dû attendre quarante jours avant de pouvoir entrer dans le port. Quarante jours? En Alsace, le «lock-out» a duré plus longtemps ce printemps: il a duré exactement 56 jours. Marie Dréa a utilisé l’expérience de l’isolement pour une sorte de remise en question artistique. Comme une fois Hieronymus dans l’affaire, elle s’est assise à la table et a dessiné – autour d’elle les apparitions fantômes de messages et de pensées. Elle se dit: «Nulla dies sine linea » et crée une feuille chaque jour. Tout le spectre entre l’amusement incrédule et la peur démoniaque y est – capturé avec une ligne précise qui peut agir naïvement parce qu’elle est absolument virtuose. Les objets de la vie quotidienne limitée apparaissent soudain à la lumière d’une nouvelle importance. Soudain, ils côtoient des associations avec la «Melencolia» de Dürer ou le cycle de Goya «Le sommeil de la raison qui porte des monstres». Quand on regarde l’horloge murale, le temps semble s’être arrêté, et pourtant une inflation d’informations pénètre via la radio – disparate, inquiétante et grotesque. Marie Dréa enregistre littéralement tout cela sans se rendre compte imprudemment de l’entrelacement de la menace et de la tranquillité du monastère. Vos feuilles maintiennent donc non seulement l’ambiance de la quarantaine, mais s’étendent également bien au-delà du temps, quand les relations entre l’intérieur et l’extérieur se sont inversées si étrangement. Le résultat est un «livre d’artiste» qui transfère systématiquement les limites inhabituelles de l’époque (et qui sont revenues depuis) ​​à la conception et à la matérialisation. Et voilà: quand le minimalisme est aussi habile qu’avec Marie Dréa, il véhicule une expérience plus profonde que n’importe quelle opulence. C’est devenu l’un des plus beaux livres que NIMBUS ait jamais pu publier. »

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Moi : L’Espagne est un pays culturellement (au moins pour la poésie, les arts…) beaucoup plus ouvert sur le monde (Weltoffenheit) que la France  ! Dans  El Païs de samedi dernier : le  meilleur de l’année écoulée. Parmi la liste des 50 meilleurs livres de 2020 : un livre d’Annie Ernaux et deux livres de poésie étrangère (pas hispanique) : Jorie Graham et Anne Carson. Et les seules expositions qui trouvent grâce devant les juges d’El Païs sont : Raphaël (Rome, Quirinal) et Artemise (Londres, National Gallery).

Lui : « C’est vrai, notamment pour la poésie. Le grand avantage de l’espagnol c’est d’avoir le vaste et riche espace des Аmériques. Par exemple, les Espagnols ont en fait peu et mal traduit la poésie russe… mais fort heureusement il y avait Cuba : là, pendant plus de trois décennies le russe était, pour les raisons que l’on sait, enseigné dans toutes les écoles, et du coup d’excellents poètes cubains tels Retamar, Cintier et d’autres ont impeccablement et beaucoup traduit les poètes russes ! Et ça finissait bien sûr par se répandre dans les autres pays hispaniques, dont l’Espagne… Même chose pour les poésies chinoise et japonaise qui ont été surtout traduites au Pérou, en Equateur, au Chili, sur ce versant du Pacifique où l’émigration asiatique a afflué dès le 19e siècle… »

 

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« Er denkt in Tieren, wie andere in Begriffen », Canetti sur Rilke.

John Burnside : dans son long essai sur la poésie du XXe siècle (The  Music of time, poetry in the twentieth century, Penguin), un chapitre : Why look at animals ?

 

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« Je pensais souvent à un de mes profs de latin en khâgne qui nous avait doctement (et ironiquement!) expliqué qu’il existait une sorte de français bizarre, issu des versions latines, que produisaient les élèves quand ils ne maîtrisaient pas la langue de départ même si en d’autres circonstances ils écrivaient un bon français. Une sorte de langue intermédiaire… »

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La poste allemande ?

Pour les courriers intra-allemands : pas besoin d’acheter un timbre et d’affranchir votre lettre.  Il suffit d’un smartphone et vous avez un app. qui vous donne un chiffre qu’il faut recopier sur la lettre en lieu et place du timbre. Et vous êtes débité du prix de l’envoi. Et mettez l’enveloppe dans la boîte aux lettres !

83  casiers où déposer votre paquet après l’avoir pesé et affranchi (DLH est une finale de la Post allemande : elle est spécialisée dans l’envoi de paquet). Ici la Pack-Station de Friedrichstrasse de Berlin  dans la Gare de l’S-Bahn :

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L’abholstation (!) des livres commandés à la librairie Jos Fritz Buchhandlung  à Freiburg: vous toquez à la fenêtre et vous les avez !

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Jacques Derrida et son chat Logos !

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Yasmina Reza : l’histoire d’une fratrie juive, l’histoire d’un voyage à Auschwitz : Serge. Vient de paraître en France. Une recension de Jean Birnbaum dans le Monde de ce vendredi. Une recension est déjà parue dans la FAZ (par Jürg Altwegg). A-t-on quelquefois des recensions de livres allemands dans le Monde avant qu’ils ne soient traduits ?

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La covid-19 en Allemagne prend des mesures gigantesques. La presse montre des crématoires emcombrés de cercueils  : pour faire peur aux Querdenker ? Ou aux anti-vaccin ?

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