Wilhelm Raabe (1831-1910)

5 romans de Wilhelm Raabe (1831-1910)
à partir de l’automne 2022…

(Ulrich Ullmann, Pierre Foucher,
Sibylle Muller,  Jacques Le Rider,
Laurent Cassagnau,)

 

Né en 1831 à Eschershausen dans le Weserland en tant que fils d’un avocat, Wilhelm Raabe abandonne l’école sans succès, entame un apprentissage de libraire, qui est également rapidement abandonné, et se consacre à la lecture approfondie des romans. En 1854, il commença à travailler sur le roman Die Chronik der Sperlingsgasse, qu’il publia en 1856 sous le pseudonyme de “Jakob Corvinus”. A partir de 1857, ses histoires historiques apparaissent dans les “livres mensuels de Westermann”. Après de nombreux voyages en Allemagne, Raabe a déménagé à Stuttgart et a rejoint l’Association nationale allemande et le Big Club. En 1866, il participa à la fondation du «Parti allemand» libéral. Une première monographie sur Raabe a été publiée en 1897 et à son 70e anniversaire en 1901, le poète désormais vénéré a reçu plusieurs centaines de lettres de félicitations. Titulaire d’un doctorat honoris causa des universités de Göttingen, Tübingen et Berlin et de l’Ordre royal de Prusse de la Couronne, Wilhelm Raabe tomba gravement malade en 1909 et mourut en 1910 en tant que membre honoraire de la Fondation allemande Schiller à Braunschweig. Aux côtés de Theodor Fontane, Wilhelm Raabe est l’un des grands représentants du réalisme poétique. Ses représentations plastiques d’imagerie réaliste sont humoristiques  avec une sympathie qui va pour les étrangers. «Les personnages de mes livres sont tous tirés de l’imagination; le paysage est rarement tiré de la nature. Je comprends instinctivement les choses populaires. »

Chronique la Rue-aux-moineaux

La Chronique de la Rue-aux-moineaux est le premier roman de l’écrivain allemand Wilhelm Raabe. Contenu : un vieil homme écrit l’histoire de la rue sous sa fenêtre. Il raconte la double tragédie familiale qui lui a donné une fille adoptive – le bonheur de sa vie – et de son parcours de l’orphelin à la femme bien-aimée du voisin. Le texte n’est pas chronologique. Il se compose de morceaux de mosaïque, de changements de perspective. Le style du livre est en contradiction avec le réalisme littéraire de l’époque. Les critiques positives de la Chronique poussent Raabe à se lancer dans une carrière d’écrivain libre, malgré de maigres ventes. Ce n’est que dans la deuxième édition de 1877 que La Chronique de la Rue aux moineaux s’impose auprès du public. Le texte a été longtemps considéré comme idyllique. Les références temporelles ont été largement ignorées. Le petit site de la ruelle est exemplaire de toute l’Allemagne contemporaine. Raabe lui-même s’est exprimé de manière peu positive sur le succès tardif de ses débuts. Selon lui, son œuvre de vieillesse aurait mérité plus de succès. La chronique est considérée comme le premier livre dont  la métropole est le sujet.

Nous publierons après cette Chronique  : les Dossiers du chant des oiseaux, dernier opus de Raabe, dont son biographe a pu écrire : « Dans un acte de volonté extrême et désespéré, Raabe écrit maintenant son livre le plus moderne et le plus radical avec les Dossiers du chant des oiseaux, qui est aussi le seul roman allemand de l’époque à être sur un pied d’égalité avec les œuvres du modernisme européen. » (Fuld, p. 328)

Dossiers du chant des oiseaux

Les Dossiers du chant des oiseaux, paru en 1896 sous le titre Die Akten des Vogelsangs, était l’avant-dernier récit achevé de Wilhelm Raabe. Ce que l’on pourrait appeler un anti-Bildungsroman, est largement considéré comme l’œuvre qui assure la place de Raabe en tant que précurseur des écrivains de fiction modernistes allemands. Son ton est critique envers la société de la fin du XIXe siècle, avec son expansion industrielle, son urbanisation, sa quête de richesse et l’érosion des valeurs conventionnelles ; mais ce ton critique produit également une tension mal à l’aise pour son narrateur, Karl Krumhardt, un bureaucrate de haut rang soucieux de la stabilité de cette société. C’est dans ce contexte de critique sociale que les Papiers de Krumhardt enregistrent un accord avec un sujet – son ami de longue date Velten Andres – dont la vie à la fois le fascine et le perturbe profondément. Velten est intelligent, imaginatif, idéaliste et plein de promesses ; mais il ne se soucie pas de ses dons, préfère l’isolement qu’il s’impose à la conformité et porte son individualisme à ce que Jeffrey L. Sammons appelle « une sorte de non-pertinence spectaculaire dans la conduite de la vie ». 

 

***

« Finalement la traduction de Ritterson, si elle est honnête/fidèle, me semble aussi stylistiquement très plate. Certes, je ne lis quasiment plus d’anglais, mais j’ai du mal à croire qu’on ne pouvait pas faire mieux. Un seul exemple : la toute dernière phrase du texte :
„Ich weiß nicht, von wannen du gekommen bist, ich weiß nicht, wohin du gehst; aber gehe denn – in Gottes Namen – auch nach dem Odfelde. Im Namen Gottes, des Herrn Himmels und der Erden, fliege zu, fliege hin und her und richte ferner aus, wozu du mit uns andern in die Angst der Welt hineingerufen worden bist.“

Chez lui, ça donne :

“I know not whence you came, and I know not where you go; but go – even to the Odin Field if that is God’s will. So be it, if the lord of heaven and earth decrees. Fly on, fly here and there, and carry out the work for which you – and all of us – have been called into this anxious, fearful world.”
Le début est bon, mais ensuite il y a un tas de très légers faux-sens, quand il délaye “in Gottes Namen” puis “Im Namen Gottes, des Herrn Himmels und der Erden”, visiblement  par souci exagéré d’être compréhensible (déformation professionnelle de l’enseignant !). Ca finit par lui faire faire un contre-sens en mettant “you” et “all of us” dans le même panier. Et puis pourquoi dédoubler “anxious, fearful” ?

Au passage, je note avec satisfaction qu’il a été confronté au même problème que moi pour traduire “Angst der Welt” et qu’il a fait le même choix :

« Je ne sais pas d’où tu viens, je ne sais pas où tu vas, mais pars, au nom de Dieu !, et aussi vers l’Odfeld. Au nom du Dieu seigneur du ciel et de la terre, vole, vole de droite et de gauche, et continue de faire ce pourquoi tu as été appelé avec nous dans ce monde de peur».

***

Wilhelm Raabe hat es geschafft, sein Leben lang sich und seine Familie als freier Autor – in Unabhängigkeit – zu ernähren. Er hat seinen Töchtern selbstverständlich Ausbildungen finanziert und ihnen ein eigenes Berufsleben ermöglicht. Er hat mit „Pfisters Mühle“ einen Roman über Umweltverschmutzung geschrieben – gegen eine ausbeuterische Industrie, die Flüsse vergiftet und Trinkwasser verseucht. Und er hat als kritischer Chronist des Spießbürgertums seinen vielleicht wunderbarsten Roman verfasst: „Abu Telfan oder die Heimkehr vom Mondgebirge“ – ein Buch über das Fremdsein zu Hause, über das Scheitern am deutschen Jägerzaun-Gemüt, über die Provinz in uns Allen –

“„Die wohldressierten Beamten-Seelen.“
„Ich mag ihn, weil er Rotwein mochte und halt einfach weil der ganz anders gedacht hat. Und wenn Menschen so n bissl anders denken würden, so, in der heutigen Zeit, so jetzt wo wir leben, dann wär’s schon bissl anders. Nicht so angepasst so schrecklich, ner. Wollnse noch was wisse?”“

Wilhelm Raabe ist ein Autor geblieben, dessen Modernität noch immer zu entdecken ist – mit allerbesten Referenzen: von Hermann Hesse nachdrücklich empfohlen, von Günter Grass hoch geschätzt, von Arno Schmidt mit Freuden studiert – auch wenn der verbreitete:

„Raabe verträgt man erst richtig ab 50.“

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