Hiver 2019-2020

Des éditeurs font une lettre ouverte sur la télévision et la littérature  dans Le Monde. Frédéric Ferney, dont Le Bateau Livre, était la seule émission intelligente qui ait parlé de livres : pourquoi a-t-il arrêté ? Et il faisait vendre…

1992. Dans un petit ATR d’Air France, venant de Strasbourg-Entzheim, nous nous sommes rendus à Berlin : bonjour tristesse ! A deux ans de la chute du mur, le putsch à Moscou était chose passée, il n’y avait plus de manifs à l’Est. L’avion était à moitié vide. Il était très tard, ça devait être l’automne. On arrivait dans l’architecture nazie de Tempelhof. On s’est glissé dans  les couloirs du métro  : des hommes et des femmes par terre qui sirotaient leur bière au goulot. Et des gens d’une société de surveillance avec leur chien. Des punks. Ça puait l’herbe, partout.

Les Hauts-fonctionnaires d’il y a dix ans (donc sous Sarkozy) :  où les enarques étaient abreuvé au management, sont responsables de pas mal de conneries : c’était l’époque où les profs partant à la retraite n’étaient pas remplacés et où les classes montaient à 30 élèves (Luc Ferry a inventé cela ; mais il ne s’en souvient pas…), c’est l’époque où le paiement à l’acte (et depuis que l’on me dit que c’est comptablement absurde, eh bien on continue… : je peux vous dire combien d’IRM ont m’a fait ! ) représentait la dernière invention des  Hauts-fonctionnaires de Bercy ou du ministre de la Santé pour l’économie hospitalière… 

Adam Cohen (sur son père, Léonard Cohen) : « Il a caché une âme d’ange sous une vie de pécheur et réinventé la légèreté en chantant toujours plus grave. » « Don’t listen to me. »

Je vais à la station de métro et passe devant le marchand turc : sur ses étals il y a des asperges et nous sommes en novembre ! (CO2). Nous sommes toujours à Berlin… !

 

(D.R.)

Dans le Monde : La romancière Belinda Cannone rappelle qu’Internet, où éclosent des procureurs de tout poil, ne saurait tenir lieu de tribunal. J’ai refusé un livre sur Facebook. D’un sociologue canadien. Tant pis !

Premier décembre 2019. A la télé, la ZDF. Je regarde — j’écoute — le concert du Premier dimanche de l’Avent et du début de l’année liturgique, à la Frauenkirche de Dresde, l’orchestre est dirigée par une femme : Alondra de la Parra !

« Cela tombe bien, la nouvelle Commission européenne vient d’entrer en fonctions. On attend donc avec impatience ce moment où MM. Martinez (de la CGT), Piketty (de l’EHESS) et consorts iront demander à Ursula von der Leyen et ses collègues, dans les froids couloirs de Bruxelles, de faire usage de leur pouvoir de multiplication des pains afin de préserver nos régimes spéciaux » (Etienne Gernelle, Le Point).

Simon Armitage: « Nature has come back to the centre of poetry. »

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Quant à Max Weber écrivant sur son acné juvénile à sa mère et appeler cela «Correspondance de Strasbourg» ?! Laissez-moi rire !

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Grande exposition de Baldung Grien à Karlsruhe,  Goya et Hopper bientôt chez Beyeler à Riehen, ainsi que sur « le folklore et la modernité » au Centre Pompidou de Metz. Sommes allés aux expos Eisenstein et Rebecca Horn au Centre Pompidou à Metz.  C’est bien, de faire une expo Horn, alors que personne ne la connaît ! Y. I. ne la connaissait pas !Et il détestait. Etonné par le nombre de gosses qui fréquentent ces expos ! Etonné aussi par le nombre d’étrangers : on parle allemand ou néerlandais à la sortie. Etonné tout simplement du monde qu’il y a ! Dommage qu’il n’y ait pas ses grandes installations: son   « Concert à Buchenwald »…

Claude Hagège et Jean Sellier : « Les langues sont menacées de la même manière que la biodiversité, et pour les mêmes raisons » (Le Monde).

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« Que reste-t-il de Derrida? Je n’ai jamais connu une vague de philosophie qui s’estompe aussi rapidement – et jaunie, pour ainsi dire, si la métaphore n’était pas si mauvaise. Pourtant, cela pourrait avoir une renaissance.

Pourquoi? Parce que les modes intellectuelles fonctionnent comme ceci: soudainement l’impopulaire redevient superpopulaire. » (Gumbrecht, une interview dans la NZZ : souvenirs de Yale)

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Je lis « Im Grunde wäre ich lieber Gedicht  ». Une anthologie de poésie dont les auteurs  (venant d’horizons divers : mais peu de Français) ont lu ces trente dernières années au Cabinet de poésie (Lyrik Kabinett) de München. Notamment de Zagajewski : «Autobiographie dans l’avion » — avec comme sous-titre: « classe économique » !

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Une nouvelle librairie à Schirmeck : La Lisette. Souhaitons lui bon vent. Et une  très belle librairie nouvelle à Gérardmer, peut-être pas très bien placée — elle mettra du temps à se faire connaître, La libraire : très lumineuse et haut de plafond. Et la libraire est ouverte 60 heures par semaine ! Dans une ville qui depuis cinq ans est véritablement en effervescence. La page internet pour Schirmeck : www.lalisette.com

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Décidément les gens ont peu de mémoire. Savez-vous à quel âge on pouvait prendre sa retraite en 1961 ? Allez dites un chiffre ? A 65 ans. Je dis bien soixante-cinq ans !

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«Le propre d’une blague allemande est de ne pas faire rire», explique doctement  Benoît XVI.

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J’écoute d’Arvo Pärt le Magnificat  à 5 voix de 1989. ECM. 

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C’est René Belin (un type bien étrange…) l’ancien dirigeant de la CGT, nommé Ministre du Travail sous Vichy qui a mis en place le premier régime par répartition en France : le 15 mars 1941. Si vous demandez à Martinez ou à Jean-Luc Mélanchon qui a mis en place notre système de retraite, ils diront De Gaulle et les communistes. Alors que c’est Vichy et c’est Pétain ! Relisez Paxton ! Dans le chapitre : « Bilan : l’héritage de Vichy ». Si le cadavre de Pétain bouge encore un peu, c’est en partie grâce au relais de la gauche et de l’extrême-gauche française… P.S. : De Gaulle était contre ce régime par répartition (!). P.P.S. :  Ce sont mes souvenirs de cours de «Politique sociale » : fait par un prof. de Paris I, lui-même d’origine grecque, il avait émigré à cause des Colonels. Comme quoi ce sont souvent des étrangers qui connaissent mieux l’histoire française.

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« Wenn die stille Zeit vorbei ist, wird es auch wieder ruhiger », Karl Valentin.

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« Hannah Arendt wollte dem jüdischen Leben eine neue Sichtbarkeit verleihen » (!) : l’éditrice de ses textes (qui a fait un travail remarquable) sur le judaïsme – l’idée d’une conversion était très éloignée d’elle.

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Sur une colonne absente. Roberto Esposito sort un livre sur la pensée de Claude Lefort (Pensiero istituente).

Denis Scheck, le Bernard Pivot de la SWF, vient de publier  « Schecks Kanon » chez Piper : les 100 livres les plus importants de la littérature mondiale. Parmi eux, des femmes, étonnement : « Le Requiem pour les papillons » d’Inger Christensen qu’elle a du écrire à Berlin et dont je ne connais pas le titre français, c’est un vrai bijou, et l’Œuvre poétique de Gertrud Kolmar.

J’accompagne quelquefois des amis à la Prison de Plötzensee, nous n’habitons pas loin. Depuis peu, les députés allemands viennent aussi le 20 juillet déposer une gerbe dans la salle où il ne reste plus que les 4 ou 5 crocs de boucher. Sur les panneaux, son nom ne figure pas : Alfred Delp. Cela fait très peu de temps  qu’il est sur la page de la Prison  de Wikipedia au nombre des tués connus. Il fut exécuté ici et ses cendres furent dispersées dans le réseau d’assainissement  de Berlin. Les femmes catholiques de Münster-2 le citent souvent contre l’ordre ecclésial (et patriarcal). Il était théologien et philosophe et membre de la Compagnie de Jésus. Il n’aurait pas pu être à l’aise dans l’Eglise d’aujourd’hui : une affaire d’hommerieAlfred Hrdlicka a peint une grande Danse de morts  en 16 tableaux dans le centre œcuménique de Plötzensee. Et Paul Celan a écrit un de ses plus saisissants poèmes.

Matzneff. Je l’ai aperçu une fois dans le square à côté de Saint Julien le Pauvre, assis sur un banc, avec une adolescente ; nous, devant le salon de thé the Tea Caddy, en terrasse. J’étais avec F’; elle me dit simplement qu’elle plaignait les filles pour  « plus  tard ». Je suppose qu’elle envisageait  les séances chez l’analyste… J’ai lu son reportage du voyage à Rome pour disperser les cendres de Montherlant. Dans Le Figaro littéraire ? Ecœurant!

Johann Chapoutot : « C’est là que ça se joue, et non dans un livre peu lu par les contemporains et beaucoup plus par la postérité! L’erreur est là. Imprégnés de culture du livre, nous sommes en quête d’une ‘bible’ du nazisme, ce qui nous induit en erreur.  Traduire et éditer Mein Kampf va provoquer une régression historiographique en focalisant l’attention sur la personne de Hitler, dont les historiens savent bien que le rôle ne fut ni matriciel, ni central, ni exclusif. (…) D’un point de vue plus conjoncturel, cette opération éditoriale va conduire à une saturation de ce personnage, de son nom et de ses mots dans l’espace public dont on se serait bien passé, ainsi qu’à la présence d’ouvrages signés de son nom sur les tables de nos librairies – où l’on vient généralement chercher autre chose. »

Dans Die Welt : «  Jan Philipp Reemtsma  : Lesen hilft — in allen Extremsituation des Lebens. »

«Politturismus » !? Un mot curieux ? Les Ossis en marche vers le Cimetière Central de Berlin  pour fleurir la tombe de Liebknecht et de Luxemburg.

La librairie zum Wetzstein à Fribourg reste ouverte (cf. plus haut) ! Pour fêter le premier de l’an elle a  publié un poème alémanique de Hebel (alémanique et non helvète quoique pense le fonctionnaire de la  BdF !) !

 

La librairie allemande de Paris, dans le Quartier latin, ferme ses portes définitivement: elle a fait un CA de – 60% par rapport à celui de l’année passée. Les grèves et les manifestations : la retraite et les gilets jaunes.

 

Grâce à leurs newsletters, S. Fischer (Hundertvierzehn≠122) et Suhrkamp (espresso), deux éditeurs allemands, offrent à leurs lecteurs des articles sur leurs auteurs ou sur des sujets d’actualité tels qu’ils sont présents dans le catalogue (l’antisémitisme : et l’anniversaire d’Auschwitz). S. Fischer par exemple propose cette semaine un très beau texte d’Ocean Vuong sur Anne Carson (une poétesse canadienne dont ils ont publié Rot:  beaucoup en parlent pour le Nobel.) Il suffit de cliquer sur leur newsletter pour voir  l’article apparaître. En Allemagne, Anne Carson a été publié chez Matthes und Seitz puis chez S. Fischer (en revue, bien sûr, avant cela: dans Sinn und Form) : est-ce le signe qu’elle ne se vend pas ? En France, Corti a commencé  et, je crois, arrêté, elle a été trop peu mais merveilleusement traduite par Claire Malroux

 

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Focus : un catalogue qui n’en est pas un. Des textes de et sur les auteurs de Circé. Un annuel. Des préfaces et des textes inédits. De Benjamin à Hebel, de Thomas Pavel à  Calinescu, De Gazdanov à Poplawsky, de Sibylle Muller à Ullmann, de Henri Abril à Khossadevitch, de Härtling à Franzos, de Simmel… A 8000 exemplaires.

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J’espère qu’Anders (que je connaissais un peu) sera republié, après les 10 ans, chez un autre éditeur : et vraiment traduit !

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De Peter Hamm je lis : P. Hamms poetische Arche Noah. Hanser. Das Tier in der Dichtung der Welt. 500 pages de poésie !

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Berlin – Schicksalsjahre einer Stadt: 1964. Das Jahr 1964 – eine halbe Million Jugendliche versammeln sich beim Deutschlandtreffen in Ost-Berlin, Martin Luther King besucht beide Teile der Stadt und Beat bestimmt den Rhythmus in Ost und West. Chaque semaine, un téléfilm, d’une heure et demi consacré à un an de vie berlinoise (est et ouest) de 1961 à 1999, année après année. Qu’est-ce qui fait une année de vie berlinoise ? Des spectacles notamment.

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Lukas Bärfuss : lu le discours de réception du prix Büchner (chez Wallstein). Mes peu de cheveux se sont dressés sur ma tête ! Et l’Interview dans la Sonntags-Blick…? «Demokratie, so wie sie die Denker des 18. Jahrhunderts entworfen haben, ist ein Versprechen, das sich seiner Unerfüllbarkeit bewusst ist. Der Impuls zu einem Prozess, der nie an ein Ende kommt. Wer, wie Lukas Bärfuss, ‘die endgültige, perfekte Staatsform’ sucht, den muss die Demokratie enttäuschen. Sie bietet keine fertigen Lösungen, die für immer gültig wären, sondern muss jeden Tag neu errungen werden. Demokratie gibt es nicht ein für alle Mal. Sie ist das, was wir aus ihr machen. Darin liegt ihre Verletzlichkeit. Aber auch ihre Stärke. » (Thomas Risi, dans la NZZ)

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Die Zeit, cette semaine (30.01.2020) : « L’artiste chinois Ai Wewei a une fois de plus sévèrement critiqué la société allemande. “Le pays est intolérant, sectaire et autoritaire”, a déclaré l’homme de 62 ans au Guardian. “L’Allemagne n’offre pas un bon environnement aux étrangers. En Grande-Bretagne, les gens sont au moins polis”, a déclaré Ai Wewei. “Cela  s’applique  à l’Allemagne : Vous avez une profonde aversion pour les étrangers.” »

[…]

Ai Wewei. Deutschland ist zutiefst unehrlich. Abgesehen davon ist Berlin so eine traurige, schreckliche Stadt.
Oh ? !
Ai Wewei. Es ist die langweiligste, hässlichste Stadt, die es gibt. Aber das ist okay. Es ist billig. Es gibt viel Raum. Nur wenn man etwas verändern will, gehen sie in Verteidigungshaltung. (Berliner Zeitung)

P.S.: La germanophobie d’Ai Weiwei n’aurait-elle rien à voir avec le fait que son film n’ait pas été sélectionné à  la Berlinale… ? Il a mis du temps pour s’apercevoir qu’il n’y a pas plus horrible ville que Berlin sur terre…

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Château d’Orion. Denken ist nicht Glücksache, sondern das Glück selber… : L’Europe des Régions. www.chateau-orion.com

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75 ans. Bombardement de Dresde. Pour l’AfD il y eut 100 000 morts… Mais  il y en avait beaucoup moins qu’à Hambourg (300 000 : voyez H. E. Nossack !).

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Griveaux : Ils disent «clivant » et je dis « arrogant »…

Julian Banco (comment se fait-il que le Conseil de l’ordre ne l’ait pas encore suspendu?): «Le Macronisme est une nouvelle variante du fascisme, et il nous faudra avoir la plus grande attention à la façon de débrancher ces êtres de nos institutions au moment du changement démocratique nécessaire et qu’ils chercheront compulsivement à éviter.  ». Chapôt pour l’éditeur : C’est lamentable !

 

 

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