La poésie coréenne

La Corée est un pays de poètes (comme l’a montré récemment le film coréen Poetry), et l’évocation de la personne de l’immense poète Ko Un ne suffit pas à en rendre compte.

Nous vous proposons une traversée de la poésie coréenne :

•  Ko Un : Sous un poirier sauvage
Traduit du coréen par Daekyun Han et Gilles Cyr
2004 | ISBN : 978-2-84242-180-9 | 96 p. |14 €

« Ko Un est un poète grandiose, un mélange de connaisseur bouddhiste, de libertaire politique passionné, et d’historien naturaliste. ».Allen Ginsberg
« Il ne se contente pas de garder ses idées Zen | et leur effet miraculeux pour lui-même| Il ne se cache pas et ne nous mystifie pas ; | Un caractère enjoué et populaire, | doté d’un esprit comique Zen, d’une profondeur tirée de la vraie vie, | et un véritable poète universel! | Ko Un se montre plus adroit que les Maîtres Anciens et que les jeunes poètes indistinctement ». Gary Snyder

Ko Un : Fleurs de l’instant
Traduit du coréen par Ye Young Chung et Laurent Zimmermann
2015 || ISBN : 978-2-84242-398-8 || 102 pages || Prix : 11 €

Ko Un est certainement le poète coréen le plus lu et le plus traduit à travers le monde. Son œuvre, très abondante, se compose d’essais, de romans et de poèmes, mais c’est surtout la poésie qui lui vaut une reconnaissance internationale. Le recueil Fleurs de l’instant (2001) évoquera pour le lecteur français le haïku, mais il ne s’agit pas ici d’une forme fixe – seul le travail de la brièveté, du surgissement, compte. La poétique de Ko Un consiste dans ce recueil certes à trouver souvent les « copeaux du pur présent » dont parle Roland Barthes à propos du haïku, mais surtout à atteindre, dans une perspective marquée par le bouddhisme, l’éveil, le moment où la préoccupation individuelle disparaît et où se dissipent les illusions qui nous détournent du monde. Ce qui compte n’est dès lors aucune poétisation du monde, au contraire puisque Ko Un s’engage souvent vers un prosaïsme voulu, mais la découverte fulgurante de l’impermanence et de la souffrance, au travers de laquelle surgit ce qui reste de la beauté, de l’intensité de la vie lorsque le monde, dans un instant de bouleversement, est saisi lucidement.

`« Quant à Fleurs de l’instant ce sont des poèmes courts qui ne dérouteront pas le lecteur occidental : il fera le lien avec les formes courtes traditionnelles du Japon, et déjà dans le titre. Mais ici il ne s’agit pas de forme fixe, c’est un parti pris de brièveté à rapprocher des recherches contemporaines – ce qui le déroutera encore moins, c’est qu’ils sont imprégnés de tragique, celui de l’homme d’aujourd’hui séparé du monde et de lui-même, hanté par la souffrance et son absurdité. Ce tragique ne s’exprime pas dans le spleen ou la nostalgie, mais dans l’acuité du regard et les silences. Il ne conduit ni à la violence ni à la confidence, sinon de biais. La manière de Ko Un est toute d’antiphrase, de parabole, de non-dit : le vide cerne les pleins. Si cruels que peuvent être les petits crayons de Fleurs de l’Instant, là encore Ko Un reste dans la distance – mais une distance qui s’approche. »
Odile Mouze, Cahier Critique de Poésie, Mars 31, 2016

Oh Sae-young : Songe de la falaise
Traduit du coréen par Tcho Hye-young | Préface de Jean-Nöel Robert
2000 | 117 p. | ISBN : 978-2-84242-089-5 | 12 €
Le recueil de poèmes de Oh Sae-young, Songe de la falaise, publié à Séoul en 1999, a été écrit pendant le séjour de l’auteur au temple du Dragon sur le mont Chiak, qui est situé dans le nord-est de la Corée du Sud. Les poèmes de ce recueil témoignent d’une correspondance intime et profonde entre l’homme et la nature qui l’entoure et tracent un chemin bouddhique qui mène de la douleur de l’existence à la libération. Ces poèmes sont comme une prière. C’est dans un silence au delà des mots et de l’intelligence, que fleurit l’éveil.

Né en 1942 en Corée du Sud, Oh Sae-young est considéré aujourd’hui dans son pays comme l’un des rares poètes qui perpétuent la tradition lyrique et spirituelle de la poésie classique. Il a été professeur de poésie coréenne à l’université nationale de Séoul de 1985 à 2007, année où il prit sa retraite. Il a publié une vingtaine d’ouvrages sur la poésie coréenne et autant de recueils de poèmes. Ses recueils de poèmes lui ont valu plusieurs prix – le dernier est le Prix de littérature bouddhique moderne. Une dizaine d’entre eux ont déjà été traduits en plusieurs langues européennes (allemand, espagnol, anglais, portugais, tchèque) et en japonais. Oh Sae-young a été président de la Société des poètes coréens de 2005 à 2007.

« Chez Oh Sae-young, l’espoir est tout en haut du chemin. Il faut donc le gravir, quel qu’en soit le coût. Dans le poème L’impasse, le renoncement offre la garantie de pouvoir devenir autre. Le changement par la perte programmée. On y retrouve là les principes majeurs du bouddhisme, bien entendu, mais aussi la clé possible d’une vie  sans trop de tourments, à défaut de paisible, dans les sociétés contemporaines dominées par les actes marchands. Mais cet espoir ne naît pas des multiples possibilités que le hasard nous offre, au gré des surprises ou des accidents de parcours, il ne naît pas de l’imprévu mais de ce qui est fait, de ce qui devait être accompli seule garantie de la paix de l’âme.[…] Signalons le beau travail d’édition de ce petit volume, dans lequel on retrouve une intéressante présentation de l’auteur, un glossaire qui aide à comprendre la poésie de Oh Sae-young et un choix de poèmes hors recueil, permettant de situer le travail de cet auteur au gré de ses publications.»
                                                                 Keulmadang, 27 mai 2012, Jean-Claude de Créscenzo

 • Ki Hyoundo : Une feuille noire dans la bouche
Traduit du coréen par  Ju Hyounjin  et Claude Mouchard
2012 | 117 p. | ISBN : 978-2-84242-074-1 • 12 €
Ki Hyoundo, né en 1960, est mort brutalement en 1989. Le recueil de ses poèmes, dont il n’avait pas eu le temps d’achever la préparation, fut publié par le critique Kim Hyon sous le titre Une feuille noire dans la bouche. Ainsi son seul livre fut-il posthume.
Dans une note de 1988, Ki Hyoungdo (qui avait fait des études de politique et de diplomatie à l’université Yonsei de Séoul et qui travaillait dans le journal Chung-ang Ilbo) évoque sa difficulté à composer des poèmes : « Il y eut un temps où j’étais incapable d’écrire durablement. Il faisait mauvais temps sur cette terre, et je ne pouvais le supporter. »
Ces poèmes, dès leur publication, trouvèrent un vaste écho, chez les jeunes en particulier, et ils continuent d’être fort présents pour les poètes coréens d’aujourd’hui.

À nous, lecteurs lointains, cette poésie dit quelque chose de la Corée des années 80 et du « mauvais temps » qui y régnait alors, mais aussi, plus largement, de tout le vingtième siècle, si violent, en Corée.
Cependant, tendue et âpre – jusqu’à ce « réalisme grotesque » dont parle Kim Hyon –, la voix de Ki Hyoundo peut se révéler, soudain, pleine d’une douceur inattendue : elle est alors, simplement, bouleversante.

Hwang Tong-gyu : Les racines d’amour
Traduit du coréen par Hyunja Kim-Schmidt et Thierry Gillybœuf
2000 | 109 p. | ISBN : 978-2-84242-105-2 | 6,86 €
Tong-gyu Hwang (1938) est une des figures les plus représentatives de la poésie coréenne contemporaine. Les poèmes qui composent cette anthologie couvrent les dix recueils que l’auteur a publiés ces quarante dernières années. La narration de la vie quotidienne en s’alliant intimement à l’espace du dedans y transfigure – comme une soudaine commotion – notre quotidien. Dans cette « poésie lyrique théâtrale », l’amour est plus qu’un simple fil d’Ariane, il est le « fonds essentiel » de la poésie, qui nous mène à la « renaissance » et à la « liberté ».

Cho Jungkwon  : Une tombe au sommet
Traduit du coréen par Daekyun Han et Gilles Cyr
2000 | 86 p. | ISBN : 978-2-84242-092-5 | 6,40 € | C|Po 8
Jungkwon Cho gravit seul la montagne en hiver pour atteindre, au sommet, une tombe à partir de laquelle il pourra connaître un monde nouveau, calme et sacré. La poésie y renaîtra non plus dans une parole simplement écrite, mais, après celle que le blizzard a détruite, dans une parole vécue par une âme purifiée.

« A vrai dire, ce n’est pas ce qui frappe d’abord dans cette suite de trente poèmes, mais plutôt un irrésistible désir d’ascension que Jungkwon Cho conjugue sur tous les tons. Fleurs, arbres, montagne, cime, oiseau, musique «s’élevant, s’élevant», et dans l’autre sens, ravin, précipice, trou, cataracte. La poésie de Junkwon Cho est verticale. Elle est prise dans un double mouvement: monter vers lą-haut qui est peut-être où sont Dieu et la connaissance de soi, et redescendre parce que c’est trop haut et trop difficile. Parfois, on ne peut même pas monter, on reste prisonnier en bas, mais le regard heureusement sauve un peu: «Autrefois il y avait ici un autre salaud comme toi/ il vit encore derrière les grilles de fer (“)/ il ne rompt pas la chaîne ni ne travaille/ il regarde seulement la montagne, béatement/ donc nous ne le faisons pas sortir nous ne le faisons pas sortir/ il regarde seulement la montagne/ il devient la montagne elle-mźme, celle qui se tient loin de nous». (Stéphane Bouquet, Libération, 18 Mai 2000)

•  Lee Seong-Bok : Ah, les choses sans bouche
Traduit du coréen par No Mi-Sug et Alain Génetiot  | 144 pages  |ISBN : 978-2-842422-76-9 | 12 €
La neige en tombant /Gagne sa couleur et sa voix / Comme mes sœurs mariées parties / Chacune pour un autre village // La neige en fondant/ Part pour sa maison natale  / Sans coiffure, sans chaussures/ Elle reprend le chemin sans chemin.
« La poésie en tant que telle n’est ni une consolation ni un espoir. Mais quand nous poussons un mur, notre poussée est égale à celle du mur qui nous pousse. C’est pourquoi la poésie est la consolation et l’espoir. »
Né en 1952, le poète sud-coréen Lee Seong-Bok a reçu les prix Kim Su-young et Kim So-wol pour ses deux premiers recueils Quand la pierre qui roule s’éveillera-t-elle ? (1980) et Namhae Gumsan (1986), traduit en français sous le titre Des choses qui viennent après la douleur (Belin, 2005). Ah, les choses sans bouche (2003) est son dernier recueil en date dans une œuvre qui comprend des essais (Le lointain chemin qui mène à Toi et Souffrances des arbres en fleurs en 1990, Pourquoi n’ai-je pas pu dire un mot sur les pétales des fleurs de grenade en 2001), des recueils poétiques (La fin de cet été-là en 1990, Souvenir des houx en 1993, Traces de vagues sur le front de la lune en 2003), et des aphorismes (Ta douleur ne sert même pas à rendre verte une feuille en 2001). Ancien professeur de littérature française spécialiste de Baudelaire, Nerval et Gide, il enseigne actuellement la création littéraire à l’Université Keimyung de Daegu.

• Kim Hyenonseung, La Solitude absolue
Traduit du coréen par Gilbert Poncet et Kwak Kwangsou | Préface par Kwak Kwangsou 144 pages  | ISBN : 978-2-842422-77-6 |  12€
Le père de Kim était pasteur; et son frère aîné aussi le deviendra. Il passe son enfance à Kwangjou, à l’extrême sud-ouest de la presqu’île de Corée, où le pastorat de son père avait amené sa famille. Après la libération de la Corée sa vie de poète commence enfin à fleurir. Et la gloire vient le chercher: prix littétaires, professorat d’université… Dans ses derniers jours, il était doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Soungsil, université que lui-meme avait frequentée à Pyeongyang dans sa jeunesse, et qui avait été reconstituée à Séoul. Il est mort en 1975.
Dans l’univers poétique de Kim, tout disparaît, les êtres et les choses qu’il voulait garder auprès de lui, Dieu qu’il recherchait et croyait un moment avoir trouvé et, enfin, lui-même qui s’illusionnait sur la perennité de son propre être, prenant conscience de sa solitude, c’est-à-dire de la survie de celui-ci seul après la disparition de tout autre.
On imagine, avec le poète qui anticipe sa propre disparition même, un calme et un silence s’étendant sans borne, et où tout disparaît, le grand tout qui s’érige enfin en un dieu: c’est un dieu impassible, un dieu qui ne manifeste ni sentiment ni émotion ni trouble envers les affaires d’ici-bas, qui n’en parle ni n’en juge non plus, qui n’est qu’un silence infini, qu’un calme infini et qui finalement rend vains tous nos efforts, toutes nos actions et œuvres, et toutes nos joies et tristesses.

• Kim Hyesoon : Dentifricetristesse crèmemiroir
Traduit du coréen par Koo Moduk et Claude Murcia
ISBN : 978-2-84242-403-9
Dépôt légal : 2016-II
Prix : 13 €

Dentifricetristesse crèmemiroir (2011) est le dixième recueil de poèmes de Kim Hyesoon. L’univers de Kim est notamment reconnu pour son imagination débordante et insolite, sa sensibilité exceptionnelle au langage et son refus constant de la répétition. Le présent ouvrage comprend quarante-quatre poèmes – un poème en prose inclus. Là prennent corps des images puissantes, un discours imaginaire et une sorte de fête du langage original. La poésie de Kim, devenue une des forces motrices de la poésie coréenne depuis 1980, transgresse de nouveau la hiérarchie des arts et s’oppose à la voix despotique qui réprime la vie et ses désirs, en laissant respirer tous nos sens. Kim refuse constamment les règles habituelles de la grammaire et du langage. Dans son expérimentation formelle, elle rejette la structure syntaxique et les rapports entre le sujet et le prédicat afin de déstabiliser le lecteur et sa façon de penser.

Née en 1955 à Uljin, en Corée du Sud, Kim Hyesoon a commencé une carrière de poétesse en 1979. Elle a été couronnée par de nombreux prix prestigieux de Corée du Sud, tels que les prix Kim Soo-young, Kim So-wol, Midang, le prix de Poésie moderne et le prix Daesan. Elle est actuellement professeure de création littéraire à l’Institut des Arts de Séoul.

Kim Huesoon : Ordures de tous les pays, unissez-vous !
Traduit du coréen par Ju Hyounjin et Claude Mouchard
ISBN : 978-2-84242-400-8 || Dépôt légal : 2016-2 || Prix : 13 €

« Au-dedans de la poésie, je suis multiple » écrit Kim Hyesoon, avant de poursuivre : « la confusion de multiples “je” est ce qui me fait écrire de la poésie. Je suis une mčre, une jeune femme non mariée, un ange, une prostituée. Je suis un enfant tout juste né, une vieille femme prčs de la mort. »
Elle dit encore : « Comme les enfants qui refusent l’école et s’enfuient par la grille, de multiples “je” pendillent de la jupe ouverte de la déesse bouddhiste de la compassion. »
Et enfin (à l’instant où elle songe à l’interlocuteur qu’implique et même recèle le poème) : « Le “tu” au-dedans de la poésie pendille aussi de la jupe. »
Il n’est rien, en effet, dans les poèmes de Kim Hyesoon, qui ne tremble et bouge, rien qui ne se divise cruellement – mais pour se reformer soudain et, rebelle, s’enfuir … Non sans un éclat de rire.Née en 1955 à Uljin, en Corée du Sud,

Kim Hyesoon a commencé une carrière de poétesse en 1979. Elle a été couronnée par de nombreux prix prestigieux de Corée du Sud, tels que les prix Kim Soo-young, Kim So-wol, Midang, le prix de Poésie moderne et le prix Daesan. Elle est actuellement professeure de création littéraire à l’Institut des Arts de Séoul.

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